La démocratie de l'eau bafouée
Jamais depuis la loi sur l'eau de 1992, la démocratie de l'eau n'avait été autant bafouée par un lobby, certains parlementaires, un gouvernement affaibli.
Il y a d'abord eu, ces derniers mois, le Schéma d'aménagement et de gestion de l'eau (SAGE) du bassin de la Vilaine, remis en cause par la coalition FDSEA/JA/CR et qui a obtenu l'oreille bienveillante du Préfet d'Ille et Vilaine de l'époque. Car la réduction de l'utilisation de pesticides sur les surfaces de maïs de quelques captages considérés comme devant être protégés en priorité déplaisait au lobby de l'agro-business. Il a obtenu de l'Etat un nouveau report de délai pour la protection de ces captages. Cet arbitrage sans les usagers est une méthode à revoir. La santé est une question qui concerne tout le monde.
Et puis, courant août, le Préfet coordonnateur de bassin retirait une dizaine de communes des Monts d'Arrée de la zone vulnérable à la pollution des eaux par les nitrates. Peu lui importe l'opposition unanime des élus des communes concernées, de la communauté scientifique au chevet de la rade de Brest depuis des années et celle de la commission locale de l'eau du SAGE du bassin versant de l'Aulne. N'est ce pas inconséquent de ré-autoriser l'épandage sans limites de lisier ou la remise en culture de prairies sur le "château d'eau" du Finistère, au moment même où ce département manque cruellement de ressource à cause de la sécheresse ? De dégrader ainsi les efforts accomplis ces dernières années ?
Le vote parlementaire de la loi d'urgence agricole, les suites annoncées de la canicule et de la sécheresse sont les victoires d'un certain corporatisme qui promeut des idées simplistes, mais irresponsables, voire fausses au regard du savoir scientifique, auprès d'un gouvernement affaibli.
Même la Ministre de l'écologie, pourtant en charge officiellement de défendre ce bien Commun qu'est l'eau, s'y plie. Monique Barbut a signé, il y a deux jours, un courrier à l'intention des présidents des comités de bassin des agences de l'eau leur demandant de reporter les votes sur les projets de Schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux 2028-2033, ceci pour prendre en compte cette loi... Plus de deux ans de travail entre tous les acteurs de l'eau, des centaines de réunions de concertation au sein des commissions spécialisées de l'Agence de l'eau (planification, groupes techniques, commission littoral ...) aboutissant à un texte de compromis, sont remis en cause dans l'opacité de discussions exclusivement menées entre l'Etat et certaines organisations agricoles, au mépris des autres usagers, dont les habitants de tout notre pays.
Tout ceci laissera des traces. D'abord pour l'eau, dont le caractère précieux et commun s'efface de plus en plus au profit d'intérêts corporatistes de court terme. Ensuite, pour l'engagement des citoyens et des élus dans les instances de concertation, ignorées et marginalisées par un État ballotté au gré des pressions. Enfin pour la cohésion sociale et le dialogue indispensable entre les acteurs de la politique de l'eau qui vivent très mal la violence permanente du lobby agro-industriel.
