La législation minière française serait l’une des plus protectrice de l'environnement au monde !

15 septembre 2026
La législation minière française serait l’une des plus protectrice de l'environnement au monde !

C'est l'affirmation de nos responsables politiques, c'est le discours répété régulièrement. La législation, peut-être. Et encore, on en doute lorsque l'on lit ses dispositions quant au sort des riverains en termes de santé, s'ils tombent malades du fait des conséquences de l'exploitation. Mais son application, non !


Retour sur un exemple, la carrière d'andalousite de la société Imérys à Glomel (22). Objection ! Cette carrière ne relève pas du code minier. Certes, mais les exploitations minières sont régies, pour leur exploitation, par les même dispositions que les carrrières ICPE concernant l'extraction, les traitements, les suivis... Comparer est donc pertinent.

Imérys n'est pas une petite société locale. Il s’agit d’une multinationale française, au chiffre d'affaires variant entre 3 et 4 milliards d'euros par an (1,74 milliard d’euros au 1er semestre 2026). Elle exploite des carrières pour produire des spécialités minérales pour l'industrie, avec, parmi ses 28 sites en France : des carrières de kaolin à Ploemeur (56) ou à Echassières (03) ou plusieurs exploitations de silex dans le sud-ouest pour fabriquer du silicone.

 

Les révélations de ces derniers jours laissent fortement suspecter un mépris de l'environnement et des conditions de travail des ouvriers, assez préoccupants pour que le procureur de Saint Brieuc ouvre une enquête préliminaire.

Déjà, pour notre association, l'histoire du site est révélatrice :

  • le 9 mars 2004, la Cour administrative d'appel de Nantes juge que l'exception faite aux industries extractives dans l'arrêté de périmètre de protection du captage de Mézouët du 7 novembre 1996 dans son article 9 est illégal. Qu'importe, en 2009, le préfet des Côtes d'Armor modifira cet arrêté en retirant la clause d'interdiction de création de plan d'eau dans le périmètre de protection du captage du Mézouët. ; ce qui permettra l'exploitation de la fosse 3 ;

 

 

  • durant l'été 2016, en raison des concentrations trop élevées en manganèse (issu de la carrière) des eaux de l'Ellé prélevées au captage de Pont St Yves, la collectivité a été contrainte de diluer les eaux pompées dans l'Ellé en effectuant des prélèvements dans les carrières de Gourin (cf Bulletin d’information, étiage n°3 – 2016, bassin Ellé-Isole-Laïta)

 

 

  • en juillet 2021, un déversement de produit toxiques a lieu directement sur le sol, au sein de l'usine car les pompes pour le renvoyer vers son stockage étaient vraisemblablement toutes en panne. 

 

  • en 2023, lors de l’enquête publique demandant notamment l’ouverture d’une nouvelle fosse (fosse 4), la MRAE s’interroge, à juste titre, sur la qualité de l'eau dans un piézomètre de suivi (R01). Celui-ci connaît des concentrations en métaux et en sulfates comparativement très élevées par rapport aux autres et, en plus, évoluant à la hausse de façon très importante au fil des années. Quatre ans plus tard, il n'y a toujours pas d'explication à cette dégradation qui s'est poursuivie, au vu du seul résultat que nous avons pu obtenir ! 

 

  • le 27 novembre 2024 puis du 18 au 22 décembre 2025 : des rejets d’eau brute non conformes sur les paramètres fer, aluminium et manganèse vers le Crazius et l'Ellé, sans qu’aucune autre donnée chiffrée ne nous soit communiquée malgré nos demandes en commission de suivi de site (CSS) ;

 

  • depuis 2024, Imérys lance des études à tout petit rythme, plusieurs années après que les élus les aient réclamées, afin de documenter le comblement de l'étang du Crazius par les résidus échappés du dispositif de traitement des eaux ;

 

 

  • en juin 2026, un filtre à manche du système de dépoussiérage prend feu ;

 

 

  • et enfin en septembre 2026, les révélations d'un salarié intérimaire concernant les conditions de travail dans le dispositif de traitement du broyat et d'ensachage de l'andalousite. Une vidéo qui ne déparerait pas Germinal.

 

 

Cette chronique témoigne-t-elle de pratiques d’un exploitant souhaitant maximiser son profit au détriment de l’environnement  et de la santé de ses salariés ? 
De son côté, l’État fait-il preuve d’indulgence dans son rôle d'inspection ? Nous pourrions très sérieusement être tentés de le croire. Son comportement donne l’impression qu’il détourne le regard de certaines évidences, et sous-pèse les conséquences environnementales des anomalies relatées ».

 

Pourtant la société Imerys ne manque pas de projets, comme à Ploemeur, avec une demande d'extension de la carrière de kaolin. Il est à noter que celui-ci est à l'arrêt depuis que nous avons fait remarquer que l'aire d'accueil des gens du voyage, en face du site, avait été exclue des points étudiés en matière d'émissions sonores...

 

Cela donne une idée du rapport de force entre les exploitants d'une mine et l'Etat. La législation la plus protectrice du monde n'est rien si elle n'est pas correctement appliquée.

Ainsi, ce n'est pas par hasard que nous nous opposons aux trois permis d'exploration et de recherche miniers demandés par la société Breizh Ressources. Si un jour une mine est autorisée, vous ne pourrez pas dire : "on ne savait pas" aux premiers écarts.