Politique de l'eau : l'agriculture industrielle en roue libre II
Il y a quelque semaines de cela nous rendions public un courrier des Chambres d'agriculture de France au Premier ministre, lequel demandait tout simplement un report de la planification des règles de gestion de l'eau. Ils ne s'arrêteront pas là, les syndicats majoritaires traditionnels (FNSEA, JA et leurs nouveaux alliés objectifs, dans la guerre contre le vivant, la Coordination Rurale), ont aussi réclamé lors d'un point presse le 22 avril dernier, d'obtenir 30 % des sièges dans les parlements de l'eau... rien que ça ! Ils envisagent désormais de manifester à l'occasion de la prochaine réunion de la commission planification du comité de bassin ce mardi 28 avril à Orléans. Nous attendons de l'Etat que, contrairement au 10 décembre dernier, lorsque les mêmes organisations avaient empêché la tenue de la Commission Locale de l'Eau du SAGE Vilaine, il mobilise enfin les moyens nécessaires pour que quelques syndicats corporatistes ne puissent prendre l'habitude de confisquer la démocratie.
Une représentation agricole déjà prépondérante
Contrairement aux affirmations selon lesquelles les agriculteurs seraient marginalisés, nous constatons que le monde agricole bénéficie déjà d’une place importante, voire dominante, dans les instances de gouvernance de l’eau. Les comités de bassin et les commissions locales de l'eau intègrent depuis longtemps les représentants agricoles, dont la voix est structurée, organisée et influente. Nous constatons qu’ils sont aussi très bien relayés par les collèges des élus dont beaucoup sont eux même issus du monde agricole.
Demander aujourd’hui une augmentation de leur poids à hauteur de 30 % des voix reviendrait à accentuer un déséquilibre déjà existant, au détriment des autres acteurs : collectivités, scientifiques, autres usagers et associations de protection de l’environnement.
Un enjeu écologique sous-estimé
Les SDAGE ont pour objectif premier de garantir le bon état des masses d’eau, conformément aux engagements européens et au Code de l’environnement. Or, l’état des ressources en eau reste préoccupant : pollutions diffuses, artificialisation des sols, surexploitation des nappes et dégradation des zones humides.
Dans ce contexte, présenter les mesures de protection comme excessives ou déconnectées revient à minimiser les urgences écologiques et de santé publique. Les contraintes évoquées ne sont pas arbitraires : elles répondent à une nécessité de préservation d’un bien commun essentiel.
L’agriculture : un acteur clé, mais aussi un impact majeur
Si l’agriculture peut contribuer à des solutions (haies, infiltration, maintien de certaines zones humides), elle est également l’un des principaux facteurs de pression sur la ressource en eau, tant en quantité (irrigation) qu’en qualité (pollutions par nitrates et pesticides).
Reconnaître cette réalité n’est pas stigmatiser, mais poser les bases d’un dialogue honnête et constructif. Toute politique publique efficace doit s’appuyer sur un diagnostic partagé des impacts.
Sobriété : une nécessité, pas une option
Face au changement climatique, la sobriété dans les usages de l’eau est une condition indispensable pour garantir sa disponibilité à long terme. Opposer sobriété et développement économique est une vision dépassée : la résilience des territoires dépend précisément de notre capacité à adapter nos usages aux limites de la ressource.
Pour une gouvernance équilibrée et tournée vers l’intérêt général
Nous appelons à préserver une gouvernance pluraliste de l’eau, qui ne soit pas captée par un seul secteur d’activité. L’eau est un bien commun qui doit être géré dans l’intérêt général, en tenant compte des enjeux environnementaux, sanitaires et sociaux.
Les SDAGE doivent rester des outils ambitieux de planification écologique, et non être affaiblis sous la pression d’intérêts sectoriels. Plutôt que de remettre en cause les équilibres actuels en faveur d’un renforcement des intérêts agricoles, il est urgent de renforcer les exigences environnementales et d’accompagner l’ensemble des acteurs, y compris agricoles, vers des pratiques réellement durables.
Lire le communiqué de presse des Chambres d'agricultures de France