Des rivières de plus en plus sèches, jusqu'à quand ?
La sécheresse perdure et donne un air d’été sans fin : l'implantation des semis d'automne est retardée, celle des "cultures piège à nitrates" aussi. Les dégâts à certaines essences forestières risquent d'être importants. Et si pour l'heure, le service de l'eau potable est assuré, c'est au prix d'une recherche permanente et parfois acrobatique, d'optimisation. Les milieux aquatiques souffrent de la situation et leur rôle de régulation et de dépollution de l'eau va sortir amoindri de cette période caniculaire et sèche.
Reste une question : que voulons nous faire de ces dizaines de milliers de plans d'eau sans usage, qui évaporent pour rien une ressource précieuse?
Du sec, encore du sec, jusqu'à quand ?
Au 22 septembre 2026, la pluviométrie reste très déficitaire, quelques pluies orageuses, de cumul modeste, ont été mesurées ici et là. Mais le déficit reste compris entre 70 et 90% selon les postes météorologiques pour ce mois de septembre. Les modèles météorologiques semblent un peu perdus avec le réchauffement climatique. Ajoutons que les prévisions de pluies sont accompagnées d'une probabilité de survenue dont il est rarement fait état dans les médias. Lorsque celle-ci est faible, ne soyons pas surpris de ne rien voir tomber. Après nous avoir annoncé un changement de temps pour fin septembre, les résultats mentionnent des précipitations fort modestes jusqu'au 5 octobre : il faut continuer les efforts de gestion de l'eau. L'indice de sécheresse de sols qui avait faiblement remonté fin août, reste désespérément faible.
Mais plus encore que la faiblesse des pluies, ce sont les températures élevées qui ont eu un impact fort tout au long de l’été, tant sur la végétation, cultures, haies et forêts que sur les débits des cours d'eau, du fait de l'évaporation par la végétation des berges. Les écosystèmes aquatiques ne peuvent sortir indemnes lorsque le suivi des températures de l'Aulne montre de longues périodes à plus de 30°C !
Et nos rivières ?
La fin des très grosses chaleurs et quelques rares pluies ont permis une remontée très modeste des débits, entre le 15 et le 19 août. Depuis, les rivières les plus importantes affichent des écoulements un peu supérieurs à ceux de la période précédente, assez fluctuants en fonction de petites pluies reçues ici ou là. On reste néanmoins sur des valeurs très très faibles. La zone la plus touchée va de Penmarch à Vannes, toujours centrée sur le Scorff qui continue de subir un étiage historique.

Le suivi des ruisseaux et petites rivières par le réseau ONDE de l'Office Français de la Biodiversité affiche en Bretagne un taux d'assecs record depuis le début des mesures. Le suivi assuré dans le Morbihan par des adhérents de notre association complète ce diagnostic physique avec un suivi de plusieurs invertébrés aquatiques et précise l'ampleur de l'atteinte aux communautés vivant dans la rivière : l'année 2026 va sûrement laisser des traces importantes sur le fonctionnement des hydrosystèmes.
Plus préoccupant, la durée des faibles débits s'allonge cette année et commence à ressembler à celle des années 1989/90, qui avait causé des difficultés importantes pour l'alimentation en eau potable.
La ressource en eau potable sera-t-elle suffisante ?
Malgré la très relative amélioration des débits des rivières, les quatre préfectures ont maintenu à juste titre le niveau de gestion "crise". Certaines professions tentent, avec parfois un petit succès, d'obtenir des dérogations pour les travaux de ravalement de façades ; plus étonnant, certaines préfectures rouvrent la possibilité du lavage de tous véhicules dans certains types d'installations, besoin qui ne nous apparaît pas comme essentiel : c'est un très mauvais signal adressé aux usagers.
Le niveau du Drennec (soutien de l'Elorn) est plus faible qu'en 2022, la retenue Saint Michel voit les demandes de soutien ajustées chaque semaine et se prépare à mélanger eaux de surface et eaux de fond début octobre pour poursuive le soutien de l'Aulne (il ne reste plus que 18% du volume mobilisable). Le lac de Guerlédan est pleinement mobilisé pour soutenir le débit du Blavet. Les ouvrages d'Ille-et-Vilaine sont suivis de près. A Saint-Malo, il reste environ 70 jours de réserve en eau potable. Dans ce contexte, le départ de la Course du Rhum et son succès de visiteurs est cette année une inquiétude forte. La faiblesse des débits de la Vilaine aval conduit à restreindre la navigation au barrage d'Arzal à chaque grande marée (Coefficient 99 le 29/09).
La tension reste maximale dans le Morbihan, avec une gestion très tendue autour de l'axe Blavet et des transferts vers les collectivités utilisant habituellement la retenue de Tréauray ou l'Ellé. Ou depuis la Vilaine vers le centre Morbihan. Tous les syndicats optimisent la gestion jour après jour pour repousser la survenue de l'insuffisance et sollicitent leurs gros consommateurs pour restreindre leur besoin : comme nous le signalons depuis plusieurs années, la disponibilité de la ressource est un critère de faisabilité de nouvelles activités économiques et de capacité d'accueil de populations supplémentaires. Les reports de consommation de forages agricoles vers le réseau public d'eau potable restent mal cernés. Le niveau des aquifères et la chute des débits de l'Aber Wrac'h soulignent que les aquifères du granite atteignent leurs limites : la situation mérite d'être clarifiée.
Mais si nous remontions plus loin ?
1921 : cela ne vous dit probablement rien. C'est pourtant l'année la plus sèche en France (et même sur l'Europe) pour laquelle existent des données de pluviométrie et de température en quantité, soit 1870 environ. Il pleut moitié moins sur l'année que la moyenne de l'époque, la sécheresse commençant en décembre 1920 et durant jusqu'en mai 1922 ! A titre de mise en perspective, il a plu 267 mm en 1921 à Paris contre 440 mm en 1976, mais les pluies avaient été soutenues à compter d'octobre 1976).
Ceci n'est en rien une prévision mais souligne que les variations climatiques ont une ampleur méconnue. Que les inquiétudes pour l'eau potable cet automne n'ont rien de fantaisiste. Et que le réchauffement climatique nous oriente vers un climat de plus en plus irrégulier et extrême.
