Parc marin d'Iroise, un modèle de gestion unique en France ?

29 mai 2026
Parc marin d'Iroise, un modèle de gestion unique en France ?

Nous découvrons dans la presse (La Tribune, 27 mai 2026, page environnement) que le président du Parc Naturel Marin d'Iroise (PNMI) a organisé une visite du parc marin d'Iroise, où il a mis en avant ce qu'il considère comme "un modèle de gestion unique en France". Le fait que cette position ne soit pas partagée par tous les membres du conseil de gestion est mentionné, mais sans donner la parole à ceux qui ne partagent pas cette opinion, prudemment écartés de la liste des invités.
Rappelons que Bretagne Vivante et Eau et Rivières de Bretagne sont les deux associations environnementales représentées dans ce conseil de gestion, dont l'essentiel des membres représentent des enjeux socio-économiques, des collectivités, ou l'Etat et ses services.
 

Le Parc Naturel Marin, une entité pour la protection des enjeux environnementaux

Rappelons aussi que le Parc Naturel Marin n'a pas été créé pour soutenir des projets économiques ou territoriaux, dont le développement relève d'institutions et d'instances de concertation existantes (SAGE, CLE, SCOT, PLU, CDPENAF, CODERST *...), mais pour mieux intégrer les enjeux d'environnement marin, insuffisamment pris en compte dans les projets et politiques sectoriels : élevage, urbanisme, pêche professionnelle, loisirs...
 
C'est donc d'environnement que devrait traiter essentiellement le PNMI, et c'est sur les questions d'environnement que devraient porter les échanges au sein du conseil de gestion. Échanges, débats, et propositions d'arbitrage lorsque les impacts cumulés des activités humaines ont des conséquences négatives sur l'environnement marin, et donc finalement sur toutes les activités qui en dépendent.
 

Force est de constater qu'aujourd'hui, le PNMI ne joue pas ce rôle

Sans pouvoir de décision, l'équipe de l'OFB (Office Français de la Biodiversité)  fait ce qu'elle peut, surtout des actions pour améliorer la connaissance (actions qu'elle pourrait parfaitement mener même en l'absence du PNMI); mais elle n'a ni les moyens, ni apparemment l'envie, de s'opposer à des activités existantes ou des projets nouveaux, même quand il est probable ou certain que leur impact sur l'environnement sera négatif.
 
 

Le conseil de gestion ne donne des avis que sur des projets déjà ficelés

Finalement, alors qu'il avait été conçu comme un espace de concertation large pour construire un projet de territoire terrestre et marin respectueux de l'environnement marin qui fait la richesse exceptionnelle de l'Iroise, le conseil de gestion du PNMI est utilisé uniquement pour donner des avis sur des projets déjà ficelés, et donner ainsi a posteriori une légitimité de démocratie participative et environnementale à des projets conçus sans aucune vision globale.
Conduites hors de vue du public et de la presse, les séances du conseil de gestion se limitent ainsi le plus souvent à des exposés descendants devant une assemblée muette, suivis d'une proposition d'avis inévitablement positif assortie pour la forme de réserves symboliques, et enfin d'un vote à la soviétique ("qui est contre, qui s'abstient?") donc inévitablement favorable puisque personne ou presque ne s'exprime.
 
Quels que soient les avis et les interrogations souvent très argumentés des associations environnementales, quasiment les seules à s'exprimer sur le fond, tous les projets sont ainsi adoptés sans aucune modification, qu'il s'agisse d'extensions d'élevage sur des bassins versants déjà saturés de nitrates et de pesticides, ou de pérennisation d'activités de pêche industrielle (chalutage, récolte de laminaires) dans des sites NATURA 2000.
 
 

Une promotion d'une démocratie environnementale de papier qui nous dérange

Si l'on considère que les acteurs socio-économique (élevage industriel, pêche conventionnelle) y trouvent leur compte, on peut comprendre que le conseil départemental, dont le président préside le conseil de gestion comme si c'était une instance de décision et non de débat, trouve extrêmement satisfaisante cette situation, au point de "vendre" et de survendre le conseil de gestion comme un modèle de gouvernance participative et environnementale.
 
Mais on comprendra aussi que cette position ne soit pas partagée par Eau et Rivières de Bretagne, qui s'interroge sur la pertinence de sa participation au conseil de gestion.
 
 
SAGE - Schéma d'Aménagement et de Gestion des Eaux
CLE - Commission Locale de l'Eau
PLU - Plan local d'Urbanisme
SCOT - Schéma de cohérence territoriale
CDPENAF - Conseil départemental des espaces naturels, agricoles et forestiers
CODERST - Conseil départemental de l'environnement, des risques sanitaires et technologiques
 
 
 
 

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