Pour l’eau, sauver les systèmes herbagers !

02 novembre 2026
Pour l’eau, sauver les systèmes herbagers !

Une conférence de presse collective s’est tenue le 8 octobre à CLAYES (35) chez un jeune paysan herbager qui a témoigné de son sentiment d’abandon total de la part des pouvoirs publics : face à l’ampleur de la sécheresse en Bretagne, FRAB (Fédération Régionale des Agrobiologistes de Bretagne), Confédération Paysanne, Fédération Régionale des CIVAM (Centres d’ Initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu rural),  et Eau et Rivières de Bretagne demandent à l’État d’en faire plus et mieux pour soutenir les fermes engagées dans la transition agroécologique.

 

Pourquoi ERB soutient les paysan.ne.s en difficulté

 

Nous sommes engagés depuis de nombreuses années pour le soutien à une agriculture durable en Bretagne, notamment les systèmes herbagers. En 1994 déjà, le programme de recherche « Système Terre et Eau » mené sur la commune de Trémargat par l’INRA, en partenariat avec le Conseil général des Côtes d’Armor et le CEDAPA (Centre d’Etude pour un Développement Agricole Plus Autonome), a conclu à la viabilité et à l’intérêt pour la qualité de l’eau des fermes herbagères économes et autonomes. Ces systèmes herbagers ont montré toute leur pertinence pour limiter les impacts climatiques de l’agriculture, préserver la qualité des eaux, maintenir la biodiversité et le bocage, éviter la dégradation des sols, supprimer l’usage des pesticides aux effets délétères sur la santé.


En Bretagne, les surfaces en herbe connaissent un recul historique et continu : diminution de moitié depuis 1970 (prairies permanentes et temporaires cumulées). Selon les données de la DRAAF Bretagne, la région a encore perdu 6,5 % de ses prairies permanentes entre 2010 et 2024. Ce recul de la place de l'herbe fragilise l'équilibre des bassins versants bretons.

 

Pourtant, des femmes et des hommes inscrits dans des démarches collectives ont mis en place avec courage et persévérance des exploitations agricoles herbagères de taille modeste, viables économiquement, vivables, très performantes au plan environnemental et bilan énergétique. Ces exploitations sont beaucoup moins aidées que les systèmes productivistes par les subventions européennes du premier pilier de la PAC (politique agricole commune), mais elles ont pu se développer en Bretagne en bénéficiant des aides spécifiques agri-environnementales, grâce à de fortes mobilisations collectives d’organisations qui défendent ces systèmes herbagers : FRCIVAM, Confédération paysanne, FRAB, ERB.

 

Aujourd’hui, un grand nombre de ces paysannes et paysans sont menacés par la sécheresse exceptionnelle de l’année qui a réduit de plus de 25 % les rendements fourragers sur des exploitations dont l’intérêt est de valoriser au maximum l’herbe en limitant les stocks. La pénurie généralisée de fourrages risque de conduire à une forte diminution du nombre d’animaux et à terme à beaucoup de cessations d’activité. Au-delà des drames humains et de la pénalisation de celles et ceux qui se sont engagés dans des pratiques vertueuses, cela rendra impossible la nécessaire transition des modèles agricoles bretons, indispensable à la restauration de la qualité de l’eau, avec toutes les conséquences mortifères pour les milieux naturels et pour tous les vivants. Tant d’efforts et de moyens déployés mis à mal.

 

C’est pourquoi notre collectif demande qu’un soutien exceptionnel soit apporté aux exploitations herbagères bretonnes par :
- l’État, en plus des mesures mises en place dans le plan d’urgence agricole qui n’auront que peu d’incidences sur ces systèmes,
- les collectivités territoriales, en premier lieu la région Bretagne,
- les producteurs et distributeurs d’eau potable.

 

La méthanisation agricole amplifie ces difficultés

 

Nous tenons aussi à alerter sur un phénomène qui vient aggraver les difficultés des élevages herbagers, le développement anarchique de la méthanisation agricole dans notre région. Ainsi 180 méthaniseurs étaient en service en Bretagne en 2025, dont 105 en injection sur un total de 800 au niveau national. Aujourd’hui ce sont en plus 30 unités en construction et une centaine en projet. On pourrait donc en avoir prochainement 250.

 

En 2025, le soutien à l’injection de gaz au niveau national (subvention pour garantir un prix élevé du gaz aux producteurs) a été de 1,2 milliards d’€ pour les 800 méthaniseurs, soit quelques milliers d’exploitants... Chiffres à rapprocher des 1,2 milliards d’€ du plan de soutien du ministère de l’agriculture suite à la sécheresse 2026 qui concernera 350 000 exploitations, ou aux 260 millions d’€ annuels pour les aides aux systèmes herbagers MAEC (Mesures Agro-Environnementales et Climatiques).

 

Pourtant, la méthanisation détourne une quantité croissante de ressources fourragères de l’élevage pour produire de l’énergie, avec une production nette faible. Une concurrence forte est ainsi introduite sur le marché des fourrages, notamment en année de pénurie comme nous la connaissons aujourd’hui. Pour un méthaniseur moyen à 30 tonnes par jour d’apports d’intrants, soumis au simplet régime de la déclaration, ce sont ainsi 45 ha de maïs en culture principale et 150 ha de cultures intermédiaires à Vocation Energétique (CIVE) qui peuvent être mobilisés ! La majorité des intrants sont des effluents d’élevage (environ 70%), mais à faible pouvoir méthanogène : le biogaz est produit majoritairement par des végétaux qui sont ainsi soustraits de l’alimentation animale ou humaine. 


Il est grand temps de stopper cette dérive si l’on veut maintenir les systèmes de production agricole durables en Bretagne.

 

Lire le communiqué du collectif

 

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