Quelques pluies, mais la sécheresse n'est pas terminée

18 août 2026
Quelques pluies, mais la sécheresse n'est pas terminée

Températures élevées, pluies absentes, chacun peut constater la gravité de la situation que nous traversons. Très dépendante de ses eaux de surface, la Bretagne se révèle particulièrement fragile.

Une inflexion météorologique très récente laisse espérer quelques pluies pour les jours à venir. Modestes en Morbihan, plus importantes en Côtes d'Armor. Mais quelle sera la réalité ?

Eau et Rivières de Bretagne prépare son analyse de la situation pour être force de proposition pour l'avenir, tant au niveau de la gestion de la situation, que de l'encouragement à la sobriété des particuliers, que des politiques de fond à engager, ou donner son avis sur les solutions que beaucoup avancent déjà, en n'examinant celles-ci que de manière ponctuelle : l'urgence est rarement conseillère de long terme.

 

A l'ouest, rien de bien nouveau

Même si la baisse des températures a été bien accueillie depuis le 15 août, et après la quatrième canicule de l'année 2026 (! en Bretagne), la question principale des conversations entendues ici et là est assurément le retour de la pluie, tant espérée par les agriculteurs, les habitants et même des touristes... sans parler des acteurs économiques mobilisant de l'eau dans leurs process.

 

Cependant, depuis le 17 août, les modèles météorologiques laissent espérer un retour des pluies. Pas très importantes, de probabilité moyenne seulement... Et de façon assez irrégulière : pour une période plus longue et un cumul plus soutenu dans la moitié nord de la Bretagne, une durée de cinq jours seulement et des totaux assez modestes au sud, zone la plus touchée par la sécheresse.

 

La fiabilité des modèles, les probabilités annoncées ne doivent pas conduire à un optimiste exagéré. Au mieux, la dégradation sera ralentie en tendance longue d'ici la fin du mois. Il y a cependant un signal faible, mais "une hirondelle ne fait pas la printemps". Seules des pluies significatives et dès septembre pourraient permettre une repousse de l'herbe spectaculaire (comme en 1976).

 

 

Les rivières sont très basses, des records ont été battus

Notre suivi bi-mensuel de la situation se poursuit. Les prévisions deviennent de plus en plus difficiles à mesure que les références manquent. Déjà, il apparaît que nos modèles intègrent mal les coups de chaud, avec des baisses brutales de débit, puis des remontées à la fin des jours caniculaires. A ces fluctuations secondaires, il convient de surimposer la très grande faiblesse des pluies sur longue période, qui n'a été constatée qu'en 1976, et que nous modélisions à part.

 

La quasi totalité de la région est maintenant placée (au 14/08) sous le régime de la gestion de crise. Les contrôles se renforcent pour crédibiliser une situation que nul ne peut nier. Si la communication officielle est assurée, le relais par les collectivités et leurs gestionnaires est parfois inégal. L'usage de la messagerie pour alerter les abonnés de la situation et suggérer quelques pistes d'action n'est pas généralisé.

Nous avons, compte tenu de la généralisation du niveau de crise, changé notre mode de présentation de la situation. Nous avons distingué trois familles de sites de mesure des débits :

  • ceux existant avant 1976, et pour lesquels on dispose de mesures sur cinquante ans et plus (avec quelques doutes parfois), couleur noire ;

  • ceux créés plus tard, couleur rouge ;

  • les sites qui n'ont pas franchi les seuils de crise, en orange.

Nous avons indiqué en couleur pleine les sites dont les débits constituent des records absolus. Et d'une simple couronne, ceux qui ont connu des débits plus faibles une ou deux années seulement avant 2026.

Nous avons enrichi notre cartographie de quelques sites supplémentaires.

 

situation_hydro_17.08.png

Données : Banque hydro, production DREAL Bretagne, interprétation et mise en forme, ERB

 

La zone la plus touchée se trouve dans l'Ouest Morbihan, bassin du Scorff (des données y sont disponibles depuis 1956, c'est le plus ancien point de mesure de Bretagne) et dans celui de l'Ellé. Mais la carte illustre bien la situation assez exceptionnelle du Finistère.

 

 

Côté rivières et retenues d'eau

Les dérogations au débit réservé des rivières, déjà prises pour le vingtième du module, vont maintenant jusqu'au 1/30ème du module et concernent un nombre croissant de prises d'eau de surface. La prise d'eau de l'usine de Barrégant (56) sur l'Ellé risque de ne plus pouvoir pomper dans cette rivière, faute de profondeur suffisante.

 

La production des forages baisse dans de nombreux secteurs. La commune de Trégarvan (29) où de l'eau est acheminée par citerne pour assurer la ressource de base, illustre une situation qui risque de se répandre. Les collectivités trop isolées sont en grande fragilité, comme le secteur du Roi Morvan (56) ou du cap Sizun (29) où les décisions d'interconnexion ont longtemps été repoussées. Le secteur de Morlaix préoccupe beaucoup.

 

Les ressources en eau profonde mises en évidence depuis plusieurs années mais nécessitant une déferrisation n'ont pas pu être mises en production cette année (Guidel, Clohars-Fouesnant). Pourtant, ce type de prospection apparaît comme un moyen à développer pour dégager des marges de production.

 

Les déstockages des grands barrages suivent le rythme de 2022. L'évaporation très intense des bouffées caniculaires ont accéléré certaines baisses comme par exemple dans la région de Vannes. L'expérience acquise lors de cette période est utilisée et les débits objectifs ont souvent été un peu réduits par précaution.

 

Plusieurs sites des Côtes d'Armor sont dans une situation de tension certaine. Dans le sud de la région le risque de salinisation de la retenue d'Arzal (la plus importante ressource de Bretagne) est pris au sérieux et a conduit à limiter les éclusées lors des grandes marées de mi-août.

 

 

Et des impacts encore à venir

Plusieurs de ces difficultés étaient identifiées depuis la crise de l'eau potable de 2022. Les épisodes antérieurs de 1976, 1989-90 et 2003 avaient été oublié par une majorité d'habitants : la chaleur n'avait pas été aussi intense, ni aussi longue. Nous quantifions la situation au regard de ce passé. Mais notre consommation a bien changé en cinquante ans, tous usages et usagers confondus.

 

Il faudra échanger dans les semaines qui viennent sur les actions possibles pour faire face au renouvellement de cette situation, voire à son aggravation. Et agir

 

La grosse inconnue est la date de retour de pluies significatives, le spectre de 2022 reste vif pour les gestionnaires. Que se passera-t-il si les pluies significatives n'arrivent qu'après le 15 septembre ? Voilà la question qui hante les gestionnaires de l'eau potable.

Autre source importante d’inquiétude, le risque de deux années successives peu pluvieuses.

 

Des solutions non conventionnelles d'urgence sont évaluées, comme le renvoi d'eau accumulées au fond d'une carrière vers la rivière (Goyen, 29), ou la baisse progressive de biefs de l'amont vers l'aval sur le Blavet qui permettrait de gagner quelques millions de m3.

 

L'importance des activités agroalimentaires valorisant des apports quotidiens (laiteries, abattoirs, conserveries de légumes) rend la situation actuelle très tendue. La disponibilité de l'eau a longtemps été un sujet sous-estimé par les projets industriels (c'est notre action qui a fait prendre conscience de cette situation pour l'extension de l'usine de production de frites Alto 56).

 

Le report des élevages vers le réseau public suite à la baisse de production de nombreux forages agricoles va aussi créer une superpointe de consommation à surveiller de près, qui constitue un défi pour les collectivités.

 

 

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