Qualité de l'eau Finistère un bilan en demi teinte [21/10/2017]

23 octobre 2017
Qualité de l'eau Finistère un bilan en demi teinte [21/10/2017]

La MISEN Finistère (Mission Inter Service de l'Eau et de la Nature) vient de faire paraitre son vingtième tableau de bord annuel. Il faut saluer ce nécessaire travail de synthèse qui répond au besoin d'information du public et souligne que l'eau est bien une préoccupation majeure des Finistériens comme en a encore attesté la dernière enquête d'opinion réalisé par le CD29. Ce dont Eau et rivière s'enorgueillit car c'est aussi le fruit du travail d'éveil des consciences écologiques conduit par elle depuis près de 50 ans.
 

Ce tableau de bord traduit assez mal ce qui reste un bilan en demi teinte :


Il faut en effet, être honnête pour reconnaître les progrès accomplis (alimentation eau potable, teneur en nitrates des eaux superficielles, maintien de la biodiversité,  aquatique,...) mais lucide pour mesurer le chemin qui reste à parcourir (pesticides, baignade, eaux souterraines, pêche à pied et conchyliculture,...).


Concernant l'indicateur Nitrates :


Une concentration moyenne proche de 34 mg/l de moyenne, c'est bien, c'est mieux... quelques rappels pour éclairer ce chiffre. 5 mg/L est le seuil requis pour la vie des mulettes perlières qui abondaient dans 52 rivières de Bretagne. 10 mg/L c'est le seuil à atteindre pour s'assurer de la disparition de 50 % des marées vertes. 18 mg/L c'est le seuil de déclenchement du classement en zone vulnérable (au sens de la directive européenne) comme précisé dans l'arrêté ministériel du 5 mars 2015.

Les eaux superficielles finistériennes manifestent une tendance générale à l'amélioration, résultat de politiques réglementaires et incitatives qui ont englouti des millions d'euros d'argent public et gommé les plus gros excès. Un tableau de bord qui afficherait en regard, l'argent public investi serait pertinent.

Malheureusement cette baisse va moins vite que ne l'a été la hausse de 1971 à 1995, et la quasi stagnation de ces chiffres 2016 ne laisse pas présager que cela change. Le sentiment affiché, par une partie de la profession agricole, de se croire arrivée et de réclamer un assouplissement des contraintes, provoquerait-il un relâchement ? Pour notre part nous continuons de penser que le développement du traitement de lisier engagé à la fin des années 90 aurait du n'être utilisé que pour la résorption des excédents, il est aujourd'hui prétexte à une nouvelle concentration des élevages, particulièrement dans le domaine porcin. Ce phénomène aggrave, entre autres, les rejets d'ammoniac atmosphérique (dont le tableau de bord pourrait se faire écho !) mais aussi, augmente les transports par camion hors région, de matière ce qui entraîne une aggravation du bilan carbone.


Pas de présentation de l'état des eaux souterraines, faut-il y voir une volonté de masquer cette réalité dénoncée ce début de semaine au plan national par l'UFC et qui pointe les eaux du nord-Finistère comme particulièrement dégradé ?


Phosphore :


La classe "très bonne qualité" avait fortement diminué de 2014 à 2015 et la qualité « médiocre » avait fait sa réapparition, l’année 2016 revient à des résultats plus satisfaisants. Le phosphore traduit mieux que les nitrates les égarements du passé, les sols sont très chargés et l'érosion de ceux-ci entraîne les particules dans les milieux aquatiques provoquant des phénomènes d'eutrophisation, de cyanobactéries et jouant un rôle dans le développement de phytoplanctons toxiques marin. Ceci révèle la nécessité de lutter contre l'érosion en protégeant en bocage et freinant les pratiques culturales industrielles. Un tableau de bord qui donnerait des indicateurs de présence de bocage, de zones humides mais aussi de % de surface en herbe aurait ici sa pertinence.


Toujours question phosphore, le rendement des stations d'épuration et celui des réseaux est un indicateur qui commence à trouver ça place cette année ce qui est une bonne chose.



Micropolluants et pesticides :


Le suivi présenté n’insiste pas beaucoup sur le cocktail de molécules (parfois jusqu'à 35 sur l'Horn en 2015) présent dans les échantillons.


Plus de 80 % des échantillons contiennent du glyphosate et son produit de dégradation l'AMPA, la seule fréquence de détection de dépassement de la norme eau potable des 0,1 microG/L ne dit pas tout sur les impacts sur la biologie des microdoses (chélateur et antibio du Glyphosate) et pourtant elle révèle notre addiction à la chimie. Pas d'indicateur de présence dans les eaux de pluie, dans les brouillards, dans l'eau de mer…


Mais surtout pas un mot des chiffres de l'observatoire des ventes de breton qui détient des informations par produit et par code postaux, peut-être est-ce parce qu’aux dernières nouvelles on était passé de 2074 tonnes vendu en 2010 à 2677 en 2014, combien pour le Finistère en 2016 ?
 

Paradoxe, révélé par ce document, l'eau du robinet est conforme à plus de 99 %. Le paradoxe des finistériens qui payent deux fois l'eau. Une fois par la taxe pollution pour financer les politiques publiques coûteuses et une deuxième fois pour payer le traitement sophistiqué de cette eau pour la rendre potable, quand ce n'est pas trois fois pour ceux qui achètent de l'eau en bouteille mais ça c'est une autre histoire !


Conchyliculture, pêche à pied, baignade :


 Le préfet annonçait l'an passé que "des efforts plus importants pour réduire les sources de contamination bactériennes" allaient devoir être entrepris. On a pourtant eu l'épisode de la Station de Crozon cet été... mais aussi les analyses et le suivi des militants associatif de Landunvez qui montrent que la réalité de l'état sanitaire des plages et leurs contaminations par les élevages passe souvent sous les écrans radars. Il y a beaucoup de travail à entreprendre sur ce sujet.


Biodiversité aquatique :


Difficile d'établir un tableau de bord d'évaluation de ces paramètres... Nous retenons pour notre part que la mobilisation des associations dès la fin des années 60 a contribué à sauver l'essentiel du vivant de nos milieux aquatiques. Le saumon, la loutre parcourent toujours notre Finistère et si tout n'est pas rose les cours d'eau de basse Bretagne restent résilients. Mais la conjugaison du réchauffement climatique (montée des eaux, étiage soutenu, augmentation des températures de l'eau,...) et de l'accroissement de population particulièrement sur les zones littorales contribue à créer d'important déséquilibres. Il nous faut donc aussi, dans un tel tableau de bord, des indicateurs pour nous permettre de mesurer l'évolution des politiques publiques d'aménagement du territoire et de pression des populations et de son corollaire l'imperméabilisation, véritable fléau des temps modernes.

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